Le Patriote : le tout premier journal
des Résistants en pays de Bray et
vallée de la Bresle
Le 10 septembre 1944, une feuille imprimée recto-verso est distribuée dans le pays de Bray et la vallée de la Bresle. Depuis la Libération du secteur entre les 30 août et 2 septembre, la Résistance a pris le contrôle de la région. « La canaille hitlérienne » a quitté la région rappelle le premier numéro du Patriote. Le nouvel organe de la Résistance est imprimé à Aumale.
« Un prisonnier ou un cadavre »
« Tout fuyards, tout traînard doit être considéré par les FFI comme un prisonnier ou un cadavre » explique le journal. Et d’ajouter : « les collaborateurs de notre secteur sont devenus pour la plupart d’enragés patriotes espérant se faire pardonner quatre ans de délation, crapulerie, lâcheté ».
Le ton du journal n’est pas vraiment à la joie, à la Libération et aux bonnes intentions. « Les FFI et le peuple ne se laisseront pas prendre à ces palinodies de gens qui suant la peur cherchent à sauver leur peau. Quelques cas devront être étudiés, mais... en prison les collaborateurs !».
« Viande de porc insuffisante »
Le nouveau journal de l’Est de la Seine-Inférieure prévient d’emblée ses lecteurs. Il représentera la Résistance dans le pays de Bray et la Vallée de la Bresle et les correspondants doivent se faire connaître auprès de l’imprimeur aumalois.
Ce 10 septembre 44, l’épuration a semble-t-il déjà commencé dans la région. Les premiers noms tombent, on évoque les « coupes de cheveux » et les règlements de comptes.
Au fur et à mesure de ses publications, le journal raconte aussi la vie quotidienne des Brayons et des habitants de la vallée de la Bresle. On apprend ainsi qu’à Aumale, « la distribution de viande de porc est insuffisante ». On parle de supprimer des distributions de viande. De quoi alimenter la colère.
« Dans une heure, je serai exécuté »
Et puis il y a ces publications de lettres à fendre le cœur. Ces « dernières lettres » de résistants qui juste avant d’être fusillés se dressaient encore fièrement devant leur stylo. « Pardonnez-moi la peine affreuse que je vais vous faire. Dans une heure, je serais exécuté par le peloton allemand. Je serai courageux croyez le bien. Vous n’aurez pas à rougir de moi »... La lettre de Marcel écrite à sa famille ne peut laisser aucun lecteur indifférent.
En ce début septembre 1944, la Libération de la région n’était officielle que depuis quelques jours. Mais le journal Le Patriote annonçait déjà l’ambiance des semaines et mois à venir. Le journal hebdomadaire comptera finalement 125 numéros. Il sera publié jusqu’au 25 janvier 1947 avant un « arrêt provisoire ». En réalité, il ne reparaîtra plus jamais.
Légendes des photos : quelques exemplaires du journal des Résistants "Le Patriote" datant de 1944, précieusement conservés au Musée de Forges. |